Personne ne choisit d’être réfugié. La guerre, la persécution, les régimes oppressifs expliquent pourquoi il y a actuellement 60 millions de personnes déplacées et réfugiées dans le monde. Chacune d’elle a son histoire. Chacune d’elle veut survivre. Chacune d’elle veut une vie meilleure. Chacune d’elle garde l’espoir que c’est possible.

Espérer ! C’est quelque chose dont Francine Karekezi avait besoin. Tutsi, elle n’a cessé de fuir pour sauver sa vie pendant le génocide rwandais de 1994. Aujourd’hui, elle vit en Autriche. Son histoire est effrayante.

Francine a grandi comme adventiste du septième jour. C’était une chrétienne engagée, mais cela n’a pas empêché sa communauté d’être attaquée. Les garçons et les hommes ont tous été abattus. Les tueurs dirent que les femmes et les filles devaient être massacrées avec des machettes car ils n’avaient pas assez de balles.

« Quand ils sont venus vers nous, j’étais la première », se souvient-elle en racontant son histoire en public pour la première fois. « Mon cou devait être tranché, mais j’ai eu le réflexe de crisper mes muscles. C’est pourquoi j’ai aussi des cicatrices sur le bras gauche. » Sa mère sauta sur l’homme qui essayait de la tuer, en criant : “ Tu ne vas pas tuer ma fille devant moi ! ”

Francine courut, en direction d’un hôpital voisin de la Croix-Rouge où s’était réfugiée sa soeur. Il était à une cinquantaine de mètres à peine. Ce fut une course désespérée. Elle fut accrochée par la barrière de fil de fer barbelé mais continuait à courir malgré les tirs de la milice. Sa mère, sévèrement blessée, la suivait en chancelant. Quelqu’un jeta une grenade mais heureusement, elle n’a pas éclaté. Elles réussirent à franchir le mur de sécurité de l’hôpital et y restèrent les trois mois suivants sous la protection des employés de la Croix-Rouge. Ils les cachèrent et mentirent aux miliciens à leur sujet.

Malheureusement, la fin du génocide ne fut pas la fin de ses malheurs. En quittant l’hôpital elle découvrit l’horreur : “Tout ce qui a fait ce que je suis, ma famille, mes voisins, mes amis, tout ce qui était Tutsi autour de moi, tout le monde avait été tué. Tout le monde avait disparu.”

Cette horreur l’a conduite à se poser une autre question : « Pourquoi moi ? Pourquoi ai-je survécu ? ”

La réponse ne fut pas facile à trouver. Pour beaucoup de survivants le fait même d’être en vie peut conduire à des sentiments de culpabilité. Pour Francine, survivre lui donna la conviction qu’elle devait faire quelque chose de très bien dans sa vie, quelque chose pour Dieu. La première étape était de trouver la guérison pour elle-même et le pardon pour ceux qui avaient commis de telles atrocités.

« La guérison est une question de temps, mais le pardon, doit être notre décision. » dit-elle. Pour elle, pardonner était important. « Le pardon aide ceux qui pardonnent. Ce qui arriva fut une tragédie, non seulement pour ceux qui ont été tués, mais aussi pour ceux qui ont tué. Je regarde cela à travers l’enseignement de la Bible. Le tueur, en tant que personne, fait face à plus de problèmes que ceux qu’il a tués. Les gens qui ont tué pendant la guerre ont vécu des choses horribles qu’ils n’auraient pas connues s‘ils n’avaient pas tué. Ils doivent porter en eux cette culpabilité. » Elle conclut : « Il ne m’est jamais venu à l’esprit de les haïr. ”

Ne pas haïr est quelque chose de très important également pour Prince Bahati. À la suite du génocide, il a lancé sur la chaine de radio chrétienne “ Voice of Hope ” une émission intitulée : Réconciliation. Il dit : « J’ai dû rejeter toutes les règles du bon journalisme, simplement écouter et laisser les gens des deux communautés raconter leurs histoires.”

Les émissions de radio lui ont appris quelque chose sur la guérison. Il se souvient particulièrement de l’appel d’un des tueurs. Après plusieurs longues conversations, il a organisé une rencontre entre le tueur et la famille survivante de ses victimes. « Ce fut une expérience très émouvante », confessa Bahati. Les membres de la famille étaient disposés à faire plus que de pardonner. Ils voulaient entendre les mots de la bouche du tueur. Ils voulaient des explications. « Rassembler les gens de cette façon, ” dit Bahati, “ c’est ce que le Christ peut faire. ”

Il ajoute : « Cela m’a donné la motivation nécessaire pour diffuser ce programme radio pendant tant d’années malgré les difficultés.”

Alors que les réfugiés d’aujourd’hui sont à la recherche d’un avenir meilleur en Europe, ils traversent les pays qui ont presque coûté la vie à Dejan Stojkovic pendant la guerre dans les balkans durant les années 1990. Dejan est Serbe, mais il a grandi dans un foyer où il apprit à ne pas prendre parti. On lui a enseigné à croire les gens sur parole, ce qui peut être un véritable défi quand votre pays est en guerre avec ses voisins. Il se souvient avoir pris le train à Novi Sad au nord de la Serbie. Un des passagers commença à maudire les Croates. “J’ai pensé” dit Dejan, “que c’était un bon moment pour partager ma foi et ma conviction, étant donné que mes meilleurs amis étaient de Croatie et de Bosnie. ” Je lui ai dit : « Pour moi, les êtres humains sont des êtres humains jusqu’à ce qu’ils démontrent le contraire.”

A cette époque, il était adolescent.

Quand la guerre éclata en1999, il avait l’âge d’être mobilisé. Ce fut un véritable défi pour lui. Sa foi chrétienne lui enseignait la sainteté de la vie, et de plus il avait des amis que son gouvernement considérait maintenant comme « l’ennemi ». Malgré les bombardements et la difficulté de vivre dans un abri anti-aérien, Dejan savait que, même s’il pensait que la guerre pouvait être juste, jamais il ne pourrait utiliser une arme pour tuer. Il prit la décision de quitter son pays. Il traversa la frontière de Bosnie dans le corbillard d’un entrepreneur de pompes funèbres. En Bosnie on le reçut avec bonté. Après un certain temps il estima qu’en étant hébergé dans les maisons et les fermes il devenait un fardeau pour ceux qui l’accueillaient.

Aujourd’hui, marié à Deana, une autre réfugiée, et père d’un nouveau-né, Dejan revient sur ses propres expériences et celles de sa femme.

« Cela me fait regarder la crise des réfugiés actuelle de manière différente de la plupart des gens», dit-il. “Je sais ce que cela signifie d’être un réfugié, même d’être méprisé et bafoué à cause de ce que son pays est en train de vivre.” Depuis son expérience en Serbie, il est également honteux de la propagande faite des deux côtés de la frontière. “J’ai commencé à vous raconter une histoire sur les Serbes parce que, lorsque ces guerres ont eu lieu, vous avez sans doute pris parti comme nous le faisons habituellement. Les nouvelles que vous avez reçues et vues ont formé en grande partie votre opinion. Dans les médias, la Serbie a été présentée comme la nation qui a mérité tout ce qui lui est arrivé ». Dejan a une autre opinion. «Le fait est que la guerre n’est jamais bonne. Toutes les parties impliquées ont commis des choses terribles les unes contre les autres, mais pour finir, le monde nous a décrit comme la pire de toutes.”

Ce fut le cas jusqu’à la récente crise européenne des réfugiés. Avant cela, “Il était presque impossible”, dit Dejan, “de trouver quelqu’un pour dire une parole positive sur la Serbie. Mais cette crise a montré l’autre visage du peuple serbe. Une image m’a touché particulièrement, celle d’un policier serbe et d’un garçon syrien souriants. Je peux la résumer en un mot : compassion.”

Francine, Dejan et Deana ne vivent plus dans les pays de leur naissance. Cependant, tous les trois ont appris le sens du mot espoir. Ils partagent maintenant la compassion et l’amour de Dieu avec tous ceux qu’ils rencontrent. Ce peut être avec un ancien ennemi, ou simplement avec la prochaine vague de réfugiés, ou avec une personne blessée qui traverse leur chemin.