Par Julian Hibbert

Le pacifisme est généralement défini comme « la croyance que la guerre et la violence sont injustifiables et que toutes les disputes devraient être réglées par des moyens pacifiques ». 1

On ne devrait donc pas laisser le dictionnaire Oxford nous tromper dans la pensée que le pacifisme est aussi simple que ça !

Le concept embrasse un spectre de positions possibles : allant de a) pacifisme absolu, qui retient toute violence, tuerie et guerre comme étant inconditionnellement fausse, b) pacifisme conditionnel, qui regarde la poursuite de la guerre ou de la force comme faux, excepté dans des circonstances extrêmes, c) pacifisme dans lequel les conditions de paix sont préférables à la guerre, à moins que la guerre devienne nécessaire pour avancer la cause de la paix. Donc, nous pouvons voir que la discussion sur le pacifisme devient vite complexe. 2

PACIFISME ET RESISTANCE

Alors qu’il est vrai que le pacifisme appelle à ce que « toutes les disputes soient résolues par des moyens pacifiques », cela n’implique pas que tous les pacifistes vont automatiquement éviter d’offrir une résistance contre le système social ou les injustices politiques. Au contraire, il y a une longue histoire de résistance passive (non-violent) associée à ce point de vue.

Un exemple intéressant date de la fin du dix-neuvième siècle en Nouvelle Zélande, où cela a été utilisé comme un outil stratégique pour résister à la confiscation et l’occupation des Anglais du territoire Maori, qui a été donné aux colons européens.

Une des forces derrière cette résistance non-violente était le Te Whiti-o-Rongomai, qui en 1865, a refusé de rendre coups pour coups aux soldats qui ont brûlé son village et confisqué les terres adjacentes. Plus tard, il a inspiré ses guerriers Maoris à « résister pour leurs droits sans usage d’armes » ou de résister aux arrestations. Par exemple, en 1881 il a persuadé deux mille d’entre eux à inviter les « guerriers endurcis Anglais » envoyés contre leur village, à participer de l’hospitalité typique des Maoris. 3

Son influence s’est élargie, et bientôt, les Maoris venaient à l’encontre des incursions de colons dans leur pays « par désobéissance civile » et « obstruction passive ». L’obstruction passive apparemment « parle au sens d’humour des Maoris », et le Gouvernement s’est trouvé en situation difficile pour le « contrecarrer ». Cela a appelé à des actions telles que labourer les routes locales et les pâturages des Maoris acquis de force, par l’enlèvement continu des bornes placées par le gouvernement ! 4

Est-ce que le « Te Whiti-isme » a fonctionné ? Oui, il semble qu’il a évité un large bain de sang, sauvé des vies et attiré une certaine sympathie pour la cause Maori.

Une dizaine d’années plus tard, la résistance passive (non-violente) allait démontrer sa force encore une fois, avec des conséquences plus grandes. Les droits civiques de milliers d’indiens, vivant sous l’autorité de l’Angleterre dans ses colonies, ont été menacés par une variété de lois injustes en 1885. Leur liberté de mouvement, les opportunités d’emploi et les droits de vote ont été strictement réduits. 5

Initialement, les choses paraissaient être perdues pour eux, jusqu’à ce qu’un jeune homme, un avocat indien, Mahatma Gandhi, commence une forme de résistance passive qui dès 1906 a été connue comme Satyagraha. Cette philosophie, basée sur le langage Sanskrit et Hindi pour « maintenir la vérité » a conduit certains à parler de cette Satyagraha comme de la « force de la vérité », la « résistance déterminée mais non-violente au mal ». 6

Satyagraha requiert de ses participants de se remettre entièrement à la vérité et à la justesse de leur point de vue, d’éviter toute violence (même en pensées), d’être transparents dans leurs intentions, et d’éviter toute tricherie ou secret dans leurs tactiques. Ces tactiques incluaient la désobéissance civile comme brûler les documents d’identité discriminatoires, le blocage des voies de chemin de fer, et les marches de protestation.

Gandhi a utilisé plus tard des tactiques similaires en défiance à l’oppression britannique de la loi du « sel » de retour en Inde (1930-1931). Cela a été l’étincelle pour une campagne répandue de désobéissance civile qui a engagé des millions de citoyens ordinaires. La réponse de l’adjoint au Roi a été brutale ; quelques morts et beaucoup d’arrestations (plus de 60 000) que le système carcéral a presque collapsé. 7 (voir encadré)

Est-ce que cette résistance non-violente a eu du succès ? C’est la candide estimation donnée par le Mouvement Global Nonviolent Action Database : « le Satyagraha Sel est devenue une campagne symbolique dans l’histoire de la bataille non-violente, non pas à cause des buts atteints à court terme, ce qui n’a pas eu lieu, mais parce que cela a délégitimé les lois britanniques ». 8

D’AUTRES ONT SUIVI

De tels exemples de résistance passive ont inspiré beaucoup d’autres dans le monde qui cherchaient à instaurer des changements socio-politiques de manière non-violente. Parmi les plus connus, il y a le Mouvement Américains des Droits Civils (dans les années 1950 et 1960) auquel a participé Martin Luther King Jr et d’autres. Une des techniques utilisées fut, par exemple, fut le boycott du bus de Montgomery qui a débuté avec le refus de Rosa Parks de céder lorsqu’un homme blanc a essayé de prendre sa place dans le bus. Les pressions successives de telles actions non-violentes ont été efficaces dans le long terme pour les droits des Noirs Américains.

A-T-IL ÉTÉ LE MODELE PACIFISTE ?

Historiquement, beaucoup semblent avoir été inspirés dans leurs attitudes pacifiques par l’exemple de Jésus-Christ, qu’ils voient comme celui qui a montré « comment atteindre un changement socio-politique face à un système d’opposition ». La question sournoise reste pourtant : comprennent-ils comment Son exemple a réellement été radical ?

Le monde dans lequel Jésus est né était dur et violent, l’opposition était écrasée avec une force brutale. Autour de Lui, beaucoup souhaitaient une fin aussi violente à tous ceux qui tenaient le pouvoir. Comment a-t-Il agi face à cette situation ? Sa position a été claire et nette, Jésus a dit : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si cela était, mes serviteurs auraient combattu pour éviter mon arrestation par les leaders Juifs. Mais, maintenant, mon Royaume est dans un autre lieu. » (Jean 18.36)

Il a même été plus loin pour montrer Son aversion à toute violence : « Remets ton épée dans son étui, lui dit Jésus, car tous ceux qui tirent l’épée mourront par l’épée ». (Matthieu 26.52) Pierre avait sérieusement blessé un homme venu arrêté Jésus pour un crime dont Il était innocent, mais selon Jésus, même cela ne justifiait pas une réponse agressive !

D’autres auraient voulu, sans hésitation, Le suivre sur le chemin de la désobéissance civile. Une première action aurait pu être organisée contre le système de taxes romaines. Des milliers de personnes auraient pu facilement prendre d’assaut les tables des collecteurs d’impôts. Mais Jésus ne voulait rien de cela.

Il a été mis au défi publiquement de payer ou non la taxe : « Est-il juste de payer la taxe de César ou non ? Devons-nous payer ou pas cette taxe ? »

Sa réponse a été : « Apportez-moi un denier et laissez-moi le regarder ». Ils ont apporté un denier et Il leur a demandé « Quelle image représente-t-il ? Quelle est son inscription ? »

De César, ont-ils répondu.

Alors, leur dit Jésus, rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (d’après Marc 12.13-17)

Fait intéressant, et contrairement à toute attente, Jésus n’apparaît pas supporter une telle résistance passive. En fait, Son enseignement indique clairement que le gouvernement est établi pour collecter les taxes et que nous devrions les payer volontairement.

En prenant en compte les attentes de l’état, Jésus a introduit quelque chose d’autre qui a dû faire lever les sourcils de beaucoup : « Si quelque te force à faire un mile avec lui, fais-en deux. » (Matthieu 5.41)

Qu’est-ce que cela veut dire ? Le mot traduit ici par « forcer » est un terme technique utilisé pour montrer les pratiques des Romains à réquisitionner des forces locales ou du travail dans les endroits qui leur plaisaient. Jésus disait donc : « Même s’ils demandent quelque chose de votre part que vous n’avez pas envie de leur donner, donnez-le-leur et soyez disposé à donner plus encore ». Cette réponse aurait choqué certains « activistes » du temps du Christ, mais nous ne devons pas y lire quelque chose qui n’est pas écrit. Il avait déjà dit clairement « Donnez à César ce qui lui appartient et à Dieu ce qui est à Dieu. » César recevrait ce qui lui est dû, mais il ne pouvait y avoir aucun compromis envers aucune des exigences de Dieu !

PACIFISTE OU FAISEUR DE PAIX

De notre brève observation de la vie et des enseignements de Jésus, il est clair qu’Il n’utilisait pas le même type résistance passive promue par les pacifistes de nos jours. J’irai même plus loin en suggérant que Jésus serait décrit comme un « faiseur de paix » plutôt qu’un « pacifiste » : « Bienheureux ceux qui procurent la paix car ils seront appelé enfants de Dieu ». (Matthieu 5.9)

Certains pacifistes, spécialement ceux qui se voient eux-mêmes comme promouvant la résistance passive, ne peuvent pas simultanément se revendiquer des « faiseurs de paix » tout en usant de provocation de n’importe quelle manière. Ils deviennent alors surtout un adversaire, une partie du problème, pas la solution.

Le rôle du faiseur de paix est unique. Il (ou elle) doit réduire la friction et le confit, promouvoir la réconciliation et sécuriser une paix durable. Peut-être est-il temps de suggérer que notre réel besoin est d’avoir moins de pacifistes et plus de faiseurs de paix !

LA MARCHE DU SEL

Les Britanniques ont pris le pouvoir sur le marché du sel en Inde, ne permettant à personne d’autre de récolter ou distribuer cette commodité vitale, ce qui amenait les coupables à de sévères punitions. En mars 1930, Gandhi a décidé de défier cette loi, commençant avec 78 autres personnes une marche de 240 miles jusqu’à la côte où il a fait le vœu de prendre une « pincée de sel » des tas de sels sans payer de taxe. Alors qu’il traversait village après village pendant son voyage de 24 jours, des milliers se sont joints à lui.
« Lorsque Gandhi a brisé la loi du sel à 06h30 le 06 avril 1930, il a allumé une étincelle à large échelle d’actes de désobéissance civile contre la loi du Raj britannique par des millions d’Indiens. La campagne a eu un changement significatif dans le monde et en changeant l’attitude des Britanniques envers la souveraineté des Indiens et d’avoir leurs propres lois a causé un large nombre d’Indiens à rejoindre la bataille pour la première fois. »
(https://en.wikipedia.org/wiki/Salt_March)

 

1 http://www.oxforddictionaries.com/defition/english/pacifism

2 http://www.iep.utm.edu/pacifism

3 https://en.wikipedia.org/wiki/pacifism

4 http://www.terea.govt.nz/en/1966/te-whiti-o-rongomai-or-erueti.te.whiti

5 https://en.wikipedia.org/wiki/Indian_South_Africans

6 http://gandhi.south africa.net / see also : http://www.britannica.com/topic/satyagraha-philosophy

7 http://www.history.com/topics/salt-march

8 https://nvdatabase.swarthmore.edu/content/Indians-campaign-independance-salt-satyagraha-1930-1931